La mémoire des jours

“Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.”

(via 42ylene)

Rends-toi, mon cœur.
Nous avons assez lutté.
Et que ma vie s’arrête.
On n’a pas été des lâches,
On a fait ce qu’on a pu.

Henri MichauxL’espace du dedans

Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs, et des articulations.

Henri MichauxLa nuit remue

Toutes ces mondanités. Qu’il est donc fatigant d’être à l’intérieur de soi, toujours, sans moyen d’en sortir, considérer toujours le monde depuis cette enveloppe où on est enfermé. Et ne pouvoir, à ce monde, montrer de soi qu’un extérieur maquillé tant bien que mal en s’aidant de miroirs.

Jean Echenoz - Des éclairs

Il y a longtemps , je me suis aperçu que la solitude était meilleure que les gens. Leur fréquentation génère l’exaspération et l’ennui. Ce sont des seringues qui vous injectent leur fade venin, un poison lent propre à vous rendre mou et triste comme une vieille éponge molle et grise tombée d’une poubelle et sur laquelle tombe la bruine.

Régis Jauffret - Microfictions (Cage de Faraday) (via microfictionsrj)

… j’ai souvent envie de grimper tout en haut du ciel jusqu’à l’implosion dans la stratosphère, tant je rêve de quitter définitivement la Terre pour aller me saouler la gueule avec les anges.

Régis Jauffret - Microfictions (Crash) (via microfictionsrj)

On ne sait pas ce qu’on attend. Ce serait tellement simple de voir la vie en noir, la vie en rose. Mais les jours ne se suivent pas, ne se ressemblent pas. Combien de temps perdu ? Aucun. Combien de certitudes ? Pas. Comment sort-on de la coquille ? Fragile.

Philippe Delerm - Fragiles

Je suis libre: il ne me reste plus aucune raison de vivre, toutes celles que j’ai essayées ont lâché et je ne peux plus en imaginer d’autres. … Seul et libre. Mais cette liberté ressemble un peu à la mort.

Jean-Paul Sartre - La nausée

Mes angoisses. Mes affections. Mes souvenirs. Mes troubles. Toutes mes contradictions, qui ne me font certes pas brûler comme une cire très pure, mais cette consumation extatique ne me tente guère. Je préfère brûler en vacillant au moindre souffle. Oublier, me souvenir, connaître le plaisir et la tristesse, et le remords. Sentir que le bonheur est à la fois possible et impossible. Vivre cette éblouissante absence de certitude. Refuser toute sagesse trop longue.

Philippe Delerm - Le trottoir au soleil

Partout on s’emmène soi-même. Alors partir sans vouloir un ailleurs. Partir pour se trouver. Dans le silence, dans l’espace. Juste au dessus du temps, juste au-delà des peines. Partir sans oublier. Pour regarder plus haut, faire semblant de se laisser aller au vent. Pour inventer le sens du fil qui nous attache.

Philippe Delerm - Fragiles

Il y a la main blanche de ceux qui ont pour eux l’argent. Il y a la main fine de ceux qui ont pour eux le songe. Et il y a tous ceux qui n’ont pas de main –privés d’or, privés d’encre. C’est pour ça qu’on écrit. Ce ne peut être que pour ça, et quand c’est pour autre chose c’est sans intérêt : pour aller des uns vers les autres. .. pour en finir avec le morcellement du monde, pour en finir avec le système des castes et enfin toucher aux intouchables, pour offrir un livre à ceux qui ne le liront jamais.

Christian Bobin - Une petite robe de fête

Etre seul sans solitude. Devenir à la fois l’île et le bateau qui rêve d’île. Tenir l’espace sans bouger, arrêter le temps sans cesse d’avancer. Heureux, désespéré, heureux, brûler, geler. Garder l’enfance. Lire.

Philippe Delerm - Fragiles

L’absence ce n’est rien. Une table posée contre l’océan du silence, de l’encre et du papier. Tout est très fort, la nuit s’efface ou la nuit vient, je n’ai pas peur. La tête un peu penchée, je ne regarde que la feuille de papier. Les mots s’envolent et tu es là. L’absence ce n’est rien - un peu de temps très pur pour inventer demain.

Philippe Delerm - Fragiles