La mémoire des jours

“Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.”

Les trucs aux sentiments que tu veux faire, veux-tu que je te dise à quoi ça ressemble moi? Ca ressemble à faire l’amour dans des chiottes! Tu me comprends-t-y à présent?… Et tous les sentiments que tu vas chercher pour que je reste avec toi collé, ça me fait l’effet d’insultes si tu veux savoir… Et tu t’en doutes même pas non plus parce que c’est toi qui es une dégueulasse par ce tu t’en rends pas compte. Et tu t’en doutes même pas non plus que tu es une dégoûtante!… Ca te suffit de répéter tout ce que bavent les autres… Tu trouves ça régulier… Ca te suffit parce qu’ils t’ont raconté les autres qu’il y avait pas mieux que l’amour et que ça prendrait avec tout le monde et toujours… Eh bien moi je l’emmerde leur amour à tout le monde!… Tu m’entends? Plus avec moi que ça prend ma fille… leur dégueulasse d’amour!… Tu tombes de travers!… T’arrives trop tard! Ca prend plus, voilà tout!… Et c’est pour ça que tu te mets dans les colères!… T’y tiens quand même toi à faire l’amour au milieu de tout ce qui se passe?… De tout ce qu’on voit?… Ou bien c’est-y que tu vois rien?… Je crois plutôt que tu t’en fous!… Tu fais la sentimentale pendant que t’es une brute comme pas une… Tu veux en bouffer de la viande pourrie? Avec ta sauce à la tendresse?… Ca passe alors?… Pas à moi!… Si tu sens rien tant mieux pour toi! C’est que t’as le nez bouché! Faut être abrutis comme vous l’êtes tous pour pas que ça vous dégoûte… Tu cherches à savoir ce qu’il y a entre toi et moi? … Eh bien entre toi et moi, y a toute la vie… Ca te suffit pas des fois?

Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit 

(Source : bipoclown, via bromazepam)

Ne croyez donc jamais d’emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s’ils peuvent dormir encore ? … Si oui, tout va bien. Ça suffit.

Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit

C’est peut-être cela qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.

Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit

La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment ; d’autres commencent et s’y prennent vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.

Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit

Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment, ils ont l’air de rien les mots, pas l’air de dangers bien sûr, plutôt de petits vents, de petits sons de bouche, ni chauds, ni froids, et facilement repris dès qu’ils arrivent par l’oreille par l’énorme ennui gris mou du cerveau. On ne se méfie pas d’eux des mots et le malheur arrive.
Des mots, il y en a des cachés parmi les autres, comme des cailloux. On les reconnaît pas spécialement et puis les voilà qui vous font trembler pourtant toute la vie qu’on possède, et tout entière, et dans son faible et dans son fort… C’est la panique alors… Une avalanche… On en reste là comme un pendu, au-dessus des émotions… C’est une tempête qui est arrivée, qui est passée, bien trop forte pour vous, si violente qu’on l’aurait jamais crue possible rien qu’avec des sentiments… Donc, on ne se méfie jamais assez des mots, c’est ma conclusion.

Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit

Tu finiras sûrement par le trouver le truc qui leur fait si peur, à eux tous, à tous ces salauds là, autant qu’ils sont et qui doit être au bout de la nuit, et c’est pour ça qu’ils n’y vont pas, au bout de la nuit.

Céline

Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.

Céline